Mercredi 21 décembre 2005
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05:50
La une des journaux ce soir reprenait toujours le même mot : « Strike », la « grève », en général en grosses lettres noires. Une grève en France, on ne s’étonne plus, on vit avec, on a l’habitude. Evidemment ça ennuie les usagers, mais ça passe…
Ici, la grève des transports, telle qu’elle a commencé ce matin, est un événement historique. La dernière remonte à 1980, et avait duré… onze jours.
Onze jours, sans un bus, sans un métro. Imaginez la paralysie, quand chaque jour ce sont sept millions de personnes qui utilisent les transports en commun pour se rendre à leur travail, aller et retour.
Explications : la compagnie des bus et métro, la MTA, renégocie environ tous les trois ans les contrats de ses employés. Ceux-ci sont représentés par des syndicats, dans le genre très influents et qui utilisent à fond l’arme du lobby. Il y a trois ans déjà, les employés de la MTA avaient menacé de bloquer NY, au moment de ces fameuses discussions. Mais voilà, la ville se remettait à peine du choc du 11 septembre, les caisses de la municipalité et de la compagnie des transports étaient vides. Les salariés ont donc accepté à l’époque des contrats qui étaient à peine revalorisés.
Situation très différente aujourd’hui, car l’entreprise a dégagé un (gros) bénéfice, mais ne prévoit pas d’augmenter de façon conséquente les salaires. Et surtout, elle a décidé de réduire nettement les pensions de retraite, et les mutuelles de santé. Je ne rentre pas dans les détails, mais je pense que vous avez compris le fond du problème.
Résultat, depuis environ 15 jours, les médias suivent au jour le jour les discussions. Qui bien sûr ne donnent rien. Cette nuit, à expiration de la deadline de minuit, les syndicats ont déclaré la grève. Et comme ici on ne plaisante pas, histoire que personne ne soit tenté de conduire un métro, les rames ont été attachées par des chaînes aux rails ! Au passage, la grève est illégale aux Etats-Unis dans les services publics, et le syndicat est sous le coup d’une amende d’un million de dollars par jour de grève !
Ce matin, tout le monde a donc marché, et marché… il y a 25 ans, la grève était en avril, pas franchement les mêmes températures pour rester dehors que les –5 degrès de ce matin ! Mon doorman au travail, par exemple, a fait 2h30 de vélo depuis le Bronx pour venir travailler , et devait les refaire au retour. Car les gens sont payés à l’heure, et grève ou non, les jours non travaillés seront retenus sur leurs salaires. Le maire de New York, Mike Bloomberg, a estimé le coût de la grève à 400 millions de dollars par jour… je vous laisse faire l’addition J
La grève est évidemment reconduite pour demain, et jusqu’à quand ? Il ne reste plus qu’à espérer que Noël approchant, ils arrêteront vendredi soir. Mais ça, c’est loin d’être gagné…